XVII
Instant de gloire
J’ai perdu la raison dans les derniers hectomètres. En un éclair, la fatigue accumulée au fil de la course a totalement disparu. Mes jambes s’emballaient toutes seules, mes pieds décollaient du sol : je volais vers l’arrivée ! La clameur de la foule me portait, et je me laissais bercer par les cris de ces milliers de gens que je ne connaissais pas. Mon objectif chronométrique était atteint. Il fallait maintenant profiter.
J’avais parcouru un long voyage intérieur au plus profond de moi. J’avais exploré de nouvelles contrées, des terres jusque-là inconnues pour y puiser des ressources mentales et physiques. Maintenant, je me devais d’apprécier ces
derniers instants, juste avant de franchir l’arrivée. Je planais, me laissais submerger par une vague de bonheur qui envahissait mon corps de la tête aux pieds. Un courant violent venait de libérer une décharge de plaisir qui se propageait partout, gagnait mes
cellules les unes après les autres. J’en avais des frissons ! Sur mes joues, des larmes de joie se mêlaient aux gouttes de sueur... Il restait 30 mètres. Je courais comme un fou, un fou bienheureux qui veut hurler son bonheur au monde entier !
Au terme de cette aventure humaine exceptionnelle, mon instant de gloire
avait sonné. Comme des dizaines de milliers d’autres coureurs, j’ai franchi l’arrivée en levant les bras au ciel. Cent fois au cours des derniers mois j’avais rêvé de cette scène qui, jamais dans mon imagination, n’a atteint la dimension que la réalité lui a donnée... Submergé de plaisir, j’ai lancé ma dernière foulée. La ligne bleue s’arrêtait là, juste devant moi. Elle était coupée perpendiculairement par une autre ligne, blanche celle-ci. Derrière ce trait marquant l’arrivée, il y avait forcément de nouveaux objectifs, de nouveaux horizons. Lesquels ? Ils allaient se dessiner dans les prochains mois. La vie est une course à étapes. La vie est un marathon.
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